Anthropocène et Paysage

Fragment anthropocène de l’homo-plasticus

Un monde plastique

En 1940 la revue Fortune publie une illustration déjà prophétique à certains égards pour décrire l’avenir promis aux nouveaux matériaux plastiques : Synthetica un nouveau continent de plastique. Un eldorado, une utopie, qui sera même pensé parfois pour trouver une solution aux réfugiés et aux vagues d’immigration.
45 ans après, nous sommes complètement dans cette ère, ce monde plastique. Impossible de faire sans. Il suffit de regarder les rayons de supermarchés pour en être horrifiés. Ce matériau a accentué la logique du déchet et du prêt-à-jeter, sans se poser de questions, on jette tout simplement alors qu’un reste peut toujours se réutiliser.

Fragment anthropocène de l’homo-plasticus, déchets récupérés dans les rues de Marseille et peinture acrylique sur panneau de bois aggloméré trouvé en pleine rue en pleine nuit, 60 x 50 cm, 2024
Fragment anthropocène de l’homo-plasticus, déchets récupérés dans les rues de Marseille et peinture acrylique sur panneau de bois aggloméré trouvé en pleine rue en pleine nuit, 50 x 50 cm, 2024
Fragment anthropocène de l’homo-plasticus, déchets récupérés dans les rues de Marseille et peinture acrylique sur panneau de bois aggloméré trouvé en pleine rue en pleine nuit, 60 x 50 cm, 2024

Heat and Flood- Chaleur et inondations

Chaleurs et Inondations. Un monde inversé. Alors qu’en Scandinavie, il y avait de fortes chaleurs, presque 35 degrés, l’Europe centrale et continentale était touchée par la goutte froide, faisant chuter les températures à 15-20 degrés en ce printemps 2024. A l’automne suivant, Valence, en Espagne était touchée par d’incroyables inondations, Marseille par des précipitations, puis par des incendies dévastateurs l’été suivant. Le monde ne sera que plus touché par ces catastrophes climatiques dans les années à venir, conséquences directes du dérèglement climatique, de l’action de l’homme, de l’exploitation de la nature par l’homme.

Quelques exemples : Djakarta, capitale de l’Indonésie a été surnommée la «ville qui coule le plus rapidement au monde». En Afrique c’est Lagos, la mégalopole tentaculaire du Nigeria, avec son explosion démographique sans précédent ces cinquante dernières années, qui est menacée. La population en est déjà impactée d’ailleurs, car 70 % de celle-ci vit dans des bidonvilles sur sa Lagune. Des centaines et centaines de maisons sur pilotis à perte de vue sur l’eau, comme celui de Makoko. D’autres villes comme New York ou Bangkok pourraient être presque entièrement recouvertes d’ici 2100, sans prendre en compte que les villes plus modernes et occidentales pourraient être favorisées pour ces catastrophes. Et ne parlons pas des archipels et des Atolls du Pacifique qui sont en train de disparaître sous nos yeux. En juillet 2025, alors qu’on s’embrase sur les incendies de Marseille et de Narbonne, de l’autre côté de la Méditerannée c’est l’embrasement perpétuel sans précédent. Notamment en Algérie, en Tunisie, au Maroc. Mi-juillet, en 5 jours le Maroc était pris de court par six incendies ravageurs avec plus de 4000 hectares détruits. Un mois avant, dans la canicule de juin, le Maghreb connaissait des températures dangereuses et invivables. Au Maroc, plus de 17 régions franchissaient les 40°, avec un record à 46,4° dans le centre du pays. Et la clim et les ventilateurs jetables en plastique étaient monnaie courante. Mais comment veux-tu faire ? Si tu mets pas la clim tu meurs de chaud tout simplement. Mais mettre la clim va te faire mourrir encore plus vite de chaud. C’est systèmique. Mais ça fait déjà plusieurs années que le Maroc et le Maghreb en général dépasse régulièrement la barre des 45-50°…

Heat and flood, an inverted world, déchets, débris, scories sauvages, ramassés ou de consommation, peinture acrylique, 69,6 x 55 cm, 2025

Méditerranée

La mer Méditerranée est la mer la plus polluée de micro-plastiques du monde. Et c’est malheureux parce qu’elle abrite de 4 à 18% de la biodiversité marine alors que sa surface ne représente moins de 1 % de l’océan de la planète. D’ici 2050 il y aura plus de plastiques que de poissons dans l’océan et la plupart des anchois et des sardines sont dès lors déjà empoisonnés de plastique.

La situation géographique de cette mer presque fermée, à la croisée des territoires d’Europe, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie l’expose à une forte densité démographique et de ce fait elle est en grand danger face à suractivité humaine et la surproduction.


Sous la mer Méditerranée, déchets, fragments récupérés dans la rue et sur la côte, filet de pêche de la cabane du Vallon des Auffes, carton de récupération, peinture acrylique, 94 x 73 cm, 2025

Méditerannée, encre de Chine et eau de mer sur papier, acrylique, fil rouge, déchets, sable, colle, eau de mer, algues et herbes marines, filets de pêche et flotteurs sur panneau d’aggloméré trouvé dans la rue, 58 x 56 cm, 2025

Posidonia

L’herbe de posidonie, une plante marine et non une algue, abrite une grande diversité d’espèces dans son écosystème, même quand elle parait morte et sèche, elle permet au littoral de lutter contre l’érosion, en faisant tampon contre les vagues et le vent qui grignote la côte. De plus, tout comme l’océan en général, la posidonie est un puit de carbone impressionnant, un vrai poumon marin qui absorbe le CO2 mais les rejets de CO2 dus aux activités humaines sont devenus trop difficile à contenir si bien qu’elle risque d’en rejeter davantage comme ce qu’il se passe avec certains arbres quand ils ne parviennent plus à l’absorber. L’herbe de Posidonie est une espèce endémique de la Méditerannée. On ne la trouve que dans cette mer. Malheureusement ces herbiers sont menacés par l’action des hommes dans la mer, notamment l’ancrage des bateaux et la pêche de chalut de fond. En effet lorsque l’ancre des bateaux s’enfonce ou se retire, elle arrache ces herbiers qui forment de véritables prairies sous-marines. Avec la pêche de chalut de fond, le sol sous-marin est complètement raclé, écorché par des filets attaché à des grandes lames, causant ainsi la destruction des habitats des espèces présentes ou la mort des espèces elles-mêmes comme les crustacés, les crabes, les seiches, soles, la baudroie ou d’autres animaux du fond, La Posidonie est menacée également par le changement climatique, l’élevation de la température de l’eau et la pollution chimique rejetée. On remarque que la surface des herbiers a diminué de 10% sur les 100 dernières années en France et même de 30% en cinq ans dans certaines baies très fréquentées par les grands yachts.

Posidonia, posidonie ramassée + plastique (sachets, feuilles, sacs, emballages) + colle, charbon, cloques et brûlures, trous d’allumettes + couleurs faites à base de chou rouge, de curcuma, de paprika, de courge, de butternut, de citron, de bicarbonate de soude, d’écorce de grenade, de betterave, sur toile, 92 x 73 cm, 2024
Fragments d’herbe de posidonie emballés dans du plastique, 2025

Accumulations


Série assemblages, déchets sauvages trouvés sur les plages et rues de Marseille, collés sur panneau aggloméré de bois trouvé dans la rue, de 13,3 x 15 cm, 2025

Cans, 47 canettes ramassées et collées sur une plaque de plexiglas, chassis et papier alluminium, 83 x 83 cm, 2025
Sans-titre, emballages de boulangeries, pâtisseries, pizzerias, 80 x 80 cm, 2025

Sédiments

Comme le dit si bien Rachel Carson dans son livre La Mer autour de Nous c’est la mer et les sédiments qu’elle récolte au fil de l’histoire qui garde toute la mémoire du monde et de ses différentes époques : cendres, sable, pierres, matière végétale et organique, et maintenant débris, déchets, engrais industriels, pollution chimique et industrielle, macro et micro-plastiques. C’est par elle que tout a commencé et que tout finira, tout nait et revient à l’océan perpétuellement. Elle dit aussi que cette limite entre terre et mer est le trait le plus ondoyant et instable des phénomènes de notre planète. A travers cette toile organique, je souhaitais composer un paysage qui garde l’empreinte d’un temps, d’un monde, avec ces matières ces sédiments. C’est un paysage imaginaire, désertique et post-apocalyptique, sans référence sinon que fabriqué avec ce qui a existé et qui restera. Cette oeuvre parle de la mort, de l’extinction, de la mutation de la vie. La toile sur laquelle est composé le paysage appartenait à une personne défunte. La mort n’est pas une fin mais au contraire, elle est une nouvelle naissance, une mutation, qui permet à la vie de perpétuer. A condition de laisser la terre faire son travail sur la matière organique sans intervention humaine et industrielle.


C’est ici que la vie nait et laisse ses traces, sédiments, sable, graviers, cailloux, coquillages, herbes, algues, os, pigments à base de végétaux sur toile, 60 x 73 cm, 2025

Calanque, plastiques, bateau de touristes croisièristes, techniques mixtes sur toile, 60 x 50 cm, 2025

Dans les Calanques marseillaises, alors que l’on est tranquillement en train de patauger dans la mer, isolé, loin de la ville, un énorme bateau vient nous nous boucher la vue, en rejetant sa pollution désastreuse, crasseuse, plastique, essence, pollution sonore également. Et les plaisanciers ne débarquent même pas. C’est une simple visite touristique à distance. Oui c’est juste pour nous faire chier et nous gâcher le paysage. Passez par la terre comme tout le monde ! Pour éviter l’encrassement, la colonisation de la coque par des organismes marins et ainsi créer une perte de vitesse avec la résistance du navire, les armateurs utilisent souvent des peintures anti-salissures toxiques. Ces peintures tuent toute la vie marine à proximité du navire avec l’énorme quantité de cuivre toxique libérée qui a des effets dramatiques sur nos précieux coraux. Comme le cuivre tue les larves de corail, la regénération des coraux est beaucoup trop lente pour suivre le rythme de la mortalité due au changement climatique. De plus, la peinture elle-même est lentement rejetée dans les océans. Chaque année, 50 millions de litres de particules de peinture finissent dans la mer. Cette quantité de micro-plastiques représente environ 10 à 20 % de la soupe totale de plastique. Malheureusement on voit également encore trop de déchets de consommation (emballages, bouteilles plastiques, sacs plastiques) dans les calanques.